À partir d’une question d’actualité vécue par ses membres, la Fédération de l'Entraide Protestante offre quelques pistes de réflexion éthiques, spirituelles, ou simplement humaines, pour nourrir le sens de nos actions. La question de la semaine est : "Pentecôte : consolation ou nouveau départ ?"
"Je demanderai au Père de vous donner quelqu’un d’autre pour vous venir en aide, afin qu’il soit toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. La Bible, Évangile de Jean, chapitre 14, verset 16"
Embarquement immédiat !
On a beau dire que l’absence nous oblige à grandir, à devenir adulte et responsable… Moi, je ne trouve rien de plus fort que de voir et de toucher. Il est vrai que je ne l’ai jamais vu. Mais je m’identifie facilement aux disciples sidérés devant la disparition céleste de leur Jésus. Où donc est passé le mien ? On me dit qu’il est présent dans la Bible, que cette présence se donne à lire, à croire, à espérer. Mais cela ne me satisfait pas complètement.
J’ai besoin de présence pour croire et pour aimer. Jésus le sait. Et il m’invite ici à faire une expérience unique. Contre le sentiment d’abandon ou l’épreuve usante de l’absence, il me propose ce que Sartre appelait " l’existence embarquée » et que je renomme « présence embarquée".
"Je vais vous donner quelqu’un d’autre…" L’Esprit de vérité. Le révélateur de la personne du Christ embarquée dans mon univers intérieur, active et présente à tout ce qui m’arrive ; le souffle de Dieu venant se mêler au mien pour donner un sens à mon existence et m’apprendre à vivre en vérité.
Qu’est-ce que la vérité ? Rien d’autre que la personne de Jésus embarquée à Pentecôte au cœur de ma vie. C’était bon de se voir. Il est encore meilleur de s’embarquer ensemble dans l’aventure de la foi.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac
Sortir de moi-même
La Pentecôte a deux dimensions essentielles. D’abord, Dieu vient habiter en moi : je ne suis plus seule, son Esprit m’accompagne et m’encourage dans mes responsabilités et les épreuves du quotidien. Ensuite, la Pentecôte est une ouverture aux autres : elle me rappelle que tous sont appelés dans le projet de Dieu, sans distinction.
La Pentecôte m’invite donc à sortir de moi-même pour aller vers l’autre avec bienveillance. Les deux aspects sont profondément liés. C’est parce que j’accueille l’Esprit de Dieu en moi que je peux rejoindre l’autre et lui transmettre l’amour, la paix, la force que j’ai reçus.
Car je ne peux donner que ce que je porte en moi. Chaque jour, je suis confrontée à des besoins immenses, à la souffrance, aux attentes, à la pression des résultats et au risque de me vider moi-même.
Avant d’envoyer ses disciples en mission vers les autres peuples, Jésus leur demande d’attendre le Saint-Esprit, sans lequel leur tâche serait impossible tant les besoins autour d’eux sont énormes.
Aujourd’hui encore, ce message reste actuel : pour prendre soin des autres durablement, il m’est nécessaire de prendre le temps de recevoir ce feu intérieur qui se propagera autour de moi. Qu’en ce temps de Pentecôte, Dieu nous remplisse de sa présence à la faveur de tous ceux que nous accompagnons.
Dorcas Moury, pasteure de l’Église protestante baptiste Le Pain de Vie à Épinay-sur- Seine (93)
Aller vers…
La Pentecôte est un "envoi vers", un appel à sortir de notre zone de confort. Je crois qu’on n’en fait jamais assez. À titre individuel, je préfèrerais en faire davantage. Côté entraide, ce n’est pas toujours facile d’aller vers les autres. Il faut d’abord savoir qui a besoin et de quoi. Les « invisibles » sont nombreux qui ont besoin d’aide, les services sociaux nous aident à les identifier et nous sollicitent régulièrement.
Se regrouper à plusieurs associations pour aller vers est intéressant, à condition de s’accorder pour travailler ensemble.
La maraude offre une belle occasion de partir à la rencontre de l’autre, mais les contraintes sont multiples, notamment en matière de traçabilité. Il y a beaucoup de normes qui peuvent décourager les bonnes volontés.
Je crois qu’on a tendance à préférer attendre qu’on nous demande plutôt que d’aller vers les autres spontanément. On a peut-être peur d’être phagocyté par le système, de ne plus avoir de libre arbitre. Et puis, c’est chronophage de sortir du cadre, ça prend de l’énergie. C’est plus confortable d’attendre tranquillement que les gens viennent à nous.
Ce n’est pas nous qui donnons un nouvel élan, un nouveau départ ; c’est l’Esprit qui se sert de nous, et c’est très bien ainsi.
Philippe Leche, président de l’entraide protestante du Loir-et-Cher (41)
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La Boussole, une revue de l'Entraide Protestante.